27 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Rencontre avec Jean-Paul Viguier : retour sur son œuvre et sa vision de l’avenir du gratte-ciel

Rencontre avec Jean-Paul Viguier : retour sur son œuvre et sa vision de l’avenir du gratte-ciel  coeur-defense-credits-photo-samuel-cour-gratte-ciel-info-231x300PARIS – Nous avons eu l’honneur mardi 18 juin, d’être invité à la conférence de Jean-Paul Viguier organisée par le promoteur Unibail-Rodamco. Ce temps de rencontre sous forme de questions/réponses, a été l’occasion d’aborder le point de vue d’un architecte de renommé mondiale sur la question de l’avenir de l’architecture, du gratte-ciel et de la ville, mais aussi d’en savoir plus sur le travail de ce dernier…

Devons-nous encore présenter Jean-Paul Viguier ? Architecte renommé de par le monde, diplômé des Beaux-Arts et de Harvard, son travail s’affiche dans de nombreux pays : Cœur Défense à Paris, Sofitel Water Tower à Chicago, le Pavillon de la France à l’Exposition universelle de Séville (Espagne), la tour Maroc Telecom à Rabat et bientôt la Tour Majunga (Paris).

Cet homme que ses collaborateurs qualifient de créatif insatiable est à la tête d’un cabinet de 90 personnes. Extrêmement productif, Jean-Paul Viguier est un « touche à tout ». Ses constructions vont du logement social aux luxueuses tours de bureau, en passant par des lieux culturels tels que le Museum de Toulouse par exemple.

L’architecte du Vide

Le vide est la signature de Jean-Paul Viguier et ont peu la retrouver dans la plupart de ses œuvres. « J’aime le vide. Lorsque vous regardez une œuvre architecturale, vous avez tendance à vous projeter dans le néant ». Concrètement, cela se traduit entre autre par une « peau » très marquée, notamment par l’utilisation importante de surfaces lisses de verre et d’acier.

Les atriums, vastes lieux de vie et de passage, sont également un bon moyen pour lui de créer l’inertie et ainsi d’occulter le sentiment de confinement que peut ressentir l’occupant d’une tour. En effet, l’architecte ne doit pas seulement travailler l’aspect visuel mais aussi le fonctionnel. Le confort des habitants de la tour est important, et notamment lorsqu’il s’agit d’un lieu de travail. Ainsi, dans le complexe Cœur Défense, l’une des prestigieuses réalisations de Jean-Paul Viguier, le concept est poussé à son maximum : la volumétrie de l’atrium atteint deux fois celle de la cathédrale Notre Dame de Paris !

Un architecte a un rôle social

Selon lui, « l’architecture doit être adaptée à plusieurs usages ». A n’importe quel moment de son cycle de vie, un immeuble de bureau est en effet susceptible d’être reconverti en logements, ou inversement. « Les constructions Haussmanniennes sont l’exemple parfait : on est passé d’un usage d’habitat à des bureaux, puis à nouveau à des habitations ». Une ville est vivante, et comme tout organisme vivant, ses composantes évoluent au fil du temps.

Jean-Paul Viguier explique qu’il doit se projeter dans l’avenir pour que son œuvre soit durable. « L’architecture, c’est l’art de l’utile, du beau ET de la durabilité ». Non seulement c’est une nécessité pour la vie du bâtiment, mais aussi une volonté des promoteurs et des pouvoirs publics : l’architecte à un véritable rôle social ! Il doit pouvoir imaginer des lieux de vie qui évoluent avec le temps et adaptés à n’importe quel usage.

L’architecte s’inscrit dans une démarche d’amélioration des milieux urbains, qui sont en constante évolution. En effet, aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale vit dans une ville1. Pour Jean-Paul Viguier qui a travaillé sur un projet de transport en commun à Houston (Texas, USA), où l’étalement urbain est devenu une véritable plaie, « il y a une vraie nécessité à densifier la ville ». En effet, plus elles s’étendent, et plus elles deviennent invivables (difficulté à se déplacer, pollution…). Hors, comme le souligne l’architecte, si la population urbaine augmente, « la ville doit être plus intense, plus jouissive et agréable à vivre ».

tour-majunga-credit-photo-jean-paul-viguier-et-associes1-146x300L’architecture se place totalement dans ce défi. L’objectif aujourd’hui lors de la construction d’un immeuble, et particulièrement d’une tour, c’est de trouver un moyen d’accroître la mixité. Un immeuble de bureau doit également accueillir des hôtels, des restaurants, des boutiques, des logements.

Dans Cœur Défense on retrouvera ainsi non seulement des bureaux, mais aussi des magasins, des cafés, un centre de conférence, un centre de remise en forme, etc. Dans la tour Majunga (image ci-contre), l’une des dernières réalisations de J.P Viguier, les bureaux sont mêlés à des boutiques et des petits jardins suspendus. La verdure est devenue un véritable luxe en pleine ville !

 


La complexité du mix-urbain

L’intégration de ces nouvelles structures est cependant compliquée. Et nous le voyons très bien à Paris, où la construction de tours se heurte très souvent à la réticence des habitants ! Comme nous l’avons vu précédemment, la densification est pourtant une nécessité pour la ville. Outre le mixe d’utilisations différentes de la tour, il faut également pouvoir réussir à intégrer le nouveau bâtiment à l’environnement qui l’entoure.

Dans son livre éponyme Jean-Paul Viguier Architecture 2002-2010, l’architecte explique « La vision d’une ville ‘muséographiée’, visitée pour ses seules valeurs du passé […] est profondément rebutante même si c’est une tentation facile. L’architecte […]  grâce à la production d’un projet moderne, fait avancer l’histoire des villes et des sites tout en y créant des conditions de vie en phase avec l’époque contemporaine ».

Jean Paul Viguier a été fréquemment mis devant cette contrainte. La construction du Sofitel de Chicago, en est l’exemple type, puisque cette nouvelle tour se trouve ni plus ni moins devant le John Hancock Center, l’une des figures emblématiques du Loop de Chicago ! Même soucis pour le projet du Pont du Gard qui incluait la construction d’un musée à côté de ce monument ancestrale. « Cela peut faire peur de construire à proximité de ces emblèmes architecturaux » s’amuse l’architecte, « mais il faut tenter de faire abstraction de la symbolique du lieu ».

Dans certaines villes, la difficulté de construire autrement reste cependant importante, et notamment à Paris. « L’urbanisme Parisien a été très mal géré jusqu’à présent » explique l’architecte. « Nous n’avons pas assez construit, résultat : les classes moyennes n’ont plus accès au logement dans cette ville ». « Si on ne bâtît pas plus en hauteur, on prend le risque que la capitale devienne une ville musée et perde de son attractivité ». La construction d’immeubles plus hauts et plus modernes prend donc tout son sens à Paris. D’ailleurs, malgré les réticences, plusieurs projets commencent à fleurir, comme par exemple la Tour Triangle qui sera achevée en 2017.

« En France, il est parfois compliqué de construire une tour. Les conservatismes sont importants et les normes sont très contraignantes, notamment en termes de sécurité. Aux Etats-Unis, les règles sont adaptées sur le tas, tandis qu’en France, il faut créer de nouvelles procédures qui doivent être validées par différentes commissions […]. Cela peut même parfois entraîner la modification de certains projets ! »

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Ci-dessus à gauche, le complexe Coeur Défense (crédit : Samuel Cour / Gratte-Ciel Info)

L’architecture est un défi

Entre la complexité à s’adapter à l’environnement existant et la crise économique, le climat pourrait donc sembler mauvais pour le secteur, mais pas pour J-P Viguier ! « L’architecte doit faire preuve d’audace pour dépasser les conservatismes et prouver qu’un projet est nécessaire ». Il est vrai que malgré les difficultés actuelles, des projets d’immenses gratte-ciel continuent à se multiplier à travers le monde. Certains projets sont même de plus en plus ambitieux ! Mais outre le besoin de densification des villes, « la construction de ces tours reste avant tout politique » explique J-P Viguier.

La course à la hauteur est une compétition dans laquelle il ne souhaite pas s’inscrire. « Comme tout architecte je suis tenté, mais cela représente un défi technique très important et ça n’est pas dans mon style ». « Avec Majunga, ma pratique de l’architecture arrive à maturité » explique-t-il.

Et bien, étant donné l’ampleur de ce dernier projet, même si à l’avenir nous ne pouvons pas nous attendre à une superstructure signée par son cabinet, on peut imaginer que Jean-Paul Viguier nous réserve cependant encore de très belles surprises ! Wait & see…

SAMUEL COUR

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Pour en savoir plus sur les données techniques des principaux gratte-ciel de Jean-Paul Viguier, cliquez ici.

Site officiel du cabinet de JP Viguier.

Et enfin quelques photos des gratte-ciel les plus célèbres de l’architecte :

Gratte-Ciel de Jean-Paul Viguier
Album : Gratte-Ciel de Jean-Paul Viguier
Quelques photos de la Tour Majunga en construction, du complexe Coeur Défense et de la tour du Sofitel de Chicago. ©Crédit photo : Samuel Cour - Jean-Paul Viguier et Associés. + 3 photos dont l'auteur nous est inconnu.
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